Découverte du Trichomanès remarquable dans le Puy-de-Dôme
C’est le long des fissures d’une grotte surplombant le cours d’eau du Chavanon qu' a été découverte, le 28 juillet 2026, un feutrage vert de quelques centimètres carrés tapissant une petite fissure, identifié ensuite au microscope : le gamétophyte du Trichomanès remarquable, Vandenboschia speciosa (Willd.) G.Kunkel ! Cette découverte relance la recherche de cette fougère particulièrement rare et discrète...
Découvert pour la première fois en Corrèze en 2000 par Michel Boudrie, cette mention inédite sur le territoire d’agrément du CBNMC avait permis d’initier les prospections dans d’autres secteurs de la région. En 2011, une actualisation des données concernant l’espèce avait été effectuée sur l’ensemble du territoire d’agrément du CBNMC et trois départements étaient alors concernés par la présence de Vandenboschia speciosa : le Cantal, la Loire, la Corrèze. Chose exceptionnelle, le sporophyte avait été découvert dans un affluent du Lot dans le Cantal, une première pour la région qui ne connaissait que le gamétophyte. En 2023, la Haute-Vienne a rejoint la liste de ces départements avec la découverte du gamétophyte dans la vallée de la Gartempe.
Le Trichomanès remarquable est surtout présent dans la péninsule ibérique (côte cantabrique et Pays basque), le sud du Portugal, l’Andalousie et la région d’Algésiras. Il est également présent en France, en Irlande, Pays de Galles et sud-ouest de l’Ecosse. On le trouve hors d’Europe et avec des populations beaucoup plus abondantes dans les Açores, Madère et les Canaries. En France, il n'est actuellement connu que dans cinq grands secteurs géographiques : le Massif armoricain, le Pays basque, le Massif Vosgien, les Ardennes et le Massif central.
Depuis 2025, l’ex-région du Limousin fait l’objet d’un bilan stationnel sur cette espèce inscrite aux annexes 2 et 5 de la Directive « Habitats ». Financé par la région Nouvelle-Aquitaine, ce bilan avait pour objectif de réactualiser les connaissances sur cette plante rare et discrète et de continuer les prospections dans des milieux qui lui sont favorables. Lors d’un inventaire forestier dans la vallée du Chavanon, qui forme la limite entre le département de la Corrèze et le Puy de Dôme, une grotte située du côté du Puy-de-Dôme a été prospectée et la présence du gamétophyte a ainsi été confirmée.
Pour développer ses frondes, cette fougère extrêmement exigeante nécessite un air saturé d’humidité. Cette condition n’est souvent satisfaite qu’à proximité d’un torrent ou d’une cascade. À défaut, cette fougère demeure sous forme de prothalle. Celui-ci possède la particularité de se multiplier en formant un feutrage vert tapissant complètement les parois d’une cavité ! Rappelons qu'au cours du cycle biologique d’une fougère, deux phases alternent. La plus connue est représentée par la plante feuillée, encore appelée sporophyte. Les spores qu’elle dissémine donnent naissance à un petit organisme chlorophyllien, appelé prothalle, correspondant au gamétophyte. Celui-ci est généralement une lame foliacée cordiforme, de moins d’un centimètre de longueur. Le prothalle produit des gamètes qui en se fécondant donnent naissance à un embryon qui redonnera une jeune fougère. Chez Vandenboschia speciosa, le gamétophyte n'est pas qu’un simple stade transitoire : il forme un feutrage de filaments ramifiés capable de se maintenir et de se propager pendant des décennies, indépendamment de toute plante feuillée à proximité. On le trouve ainsi parfois à des dizaines, voire des centaines de kilomètres de la station de sporophyte la plus proche connue.
Cette mention, la première pour le Puy-de-Dôme, vient compléter une répartition régionale jusque-là limitée à quelques départements du Massif central. Elle confirme surtout l'intérêt de prospecter systématiquement les cavités et parois des vallées encaissées, pour cerner la véritable aire de répartition de cette espèce menacée et hautement patrimoniale. Des recherches complémentaires seraient à mener pour détecter de nouvelles populations dans le département du Puy de Dôme.
Nathalie MAILLET
nathalie.maillet@cbnmc.fr
