Le Gui du Cade, une plante ardéchoise singulière à préserver
Méconnu et discret, le Gui du cade (Arceuthobium oxycedrus) est une plante parasite fascinante mais fragile. Alors que ses hôtes, les genévriers, abondent dans nos paysages, ce « petit cousin » du Gui commun est aujourd'hui classé « En danger » sur la liste rouge de la flore d'Auvergne-Rhône-Alpes. En effet, sa croissance lente, son mode de dispersion complexe et les conséquences de certaines pratiques humaines l'ont cantonné à une unique localité relicte dans les Cévennes ardéchoises. Face à ce constat, le Conservatoire botanique national du Massif central et le Département de l’Ardèche lancent un ambitieux programme de rétablissement. De la récolte des graines à l'automne 2025 jusqu'au réensemencement de genévriers hôtes sur de nouveaux site, découvrez comment le CBN tente de sauver cette plante singulière.
Connaissez-vous le gui du cade ?
Le Gui du cade (Arceuthobium oxycedri) est une plante exclusivement parasite du Genévrier Cade et du Genévrier commun
(voir ci-après). Il s’agit d’une espèce dioïque, c’est-à-dire que les organes mâles et femelles sont présents sur des individus différents et que ceux-ci doivent se situer à proximité pour pouvoir se reproduire.
13 à 14 mois de maturation après la pollinisation, le fruit (baie minuscule) explose pour tenter d’éjecter son unique graine à une dizaine de mètres de distance du pied mère (vitesse de 100 km/h environ). La plupart du temps, la graine ne dépasse pas le feuillage des arbres porteurs ou tombe au sol sans pouvoir coloniser un autre genévrier. Avec un peu de chance,
la graine un peu visqueuse se colle aux plumes de grives ou au pelage de mammifères venus consommés les baies des genévriers
. Il faudra alors que l’animal se frotte à un autre genévrier pour disséminer l’espèce sur de plus longues distances. Après la germination des graines, il faudra encore attendre 2 à 3 ans pour que la plante produise ses premières tiges aériennes et le double pour former ses premiers fruits. Autant dire que
cette plante a besoin dun certain temps pour pouvoir se disperser !
Savez-vous distinguer le cade du genévrier commun ?
Quand on s’intéresse au Gui du cade, il peut être utile de savoir reconnaître les deux espèces de genévrier qu’il colonise :
Genévrier commun (Juniperus communis)
Feuilles à généralement 1 bande blanchâtre à la face supérieure ;
galbules (fruits) noires à maturité (baies de genièvre).
Fourrés et landes des montagnes, rare en région méditerranéenne
(surtout en sous-bois-frais).
Genévrier Cade (Juniperus oxycedrus)
Feuilles à généralement 2 bandes blanchâtres nettement séparées
par la nervure médiane
à la face supérieure ;
galbules (fruits) rouges ou rougeâtres à maturité.
Fourrés méditerranéens, surtout au niveau des corniches ;
anciens parcours pastoraux.
Une espèce unique en ardèche...
En Europe, l’aire de répartition du Gui du Cade est encore mal connue en raison de confusions avec d’autres espèces proches, même si sa présence en région méditerranéenne est attestée. En France, il n’est relativement abondant que dans l’arrière-pays provençal. À l’ouest du Rhône, l’espèce n’est signalée que d’une seule localité des Cévennes ardéchoises, découverte en 1998, et n’a pas été revue dans les Pyrénées-Orientales.
Les caractéristiques biologiques du Gui du cade en font une espèce naturellement peu compétitive (croissance lente, faible dispersion), ceci afin de préserver les genévriers hôtes dont elle se nourrit. Il s’installe principalement sur arbustes déjà affaiblis. Sa faible présence est donc naturelle. Toutefois, la multiplicité des activités humaines a conduit à dégrader son environnement et à fragiliser ses populations.
Seulement 250 individus...
Bien que les genévriers soient redevenus fréquents en Ardèche suite à l’exode rural et à la déprise pastorale, en particulier sur les plateaux calcaires du Bas-Vivarais, le Gui du cade reste rare. Les incendies forestiers récurrents et l’exploitation du Genévrier cade pour la production d’huile et de piquets ont contribué à la raréfaction de vieux individus susceptibles de devenir l’hôte du parasite.
Dans les Cévennes ardéchoise, cette espèce de Gui a été observée sur environ 250 individus de Genévrier cade situés sur les croupes chaudes du sud du plateau de Montselgues et de Malarce-sur-la-Thines. Sa présence ici constitue l’une des dernière station d’une aire de répartition jadis beaucoup plus étendue et les faibles effectifs comptabilisés sur cette zone ont incité les botanistes à considérer l’espèce «en danger» de disparition (liste rouge de la flore d’Auvergne-Rhône-Alpes). Tandis que sa conservation par culture hors de son milieu s’avère difficile, le moindre incendie pourrait lui être fatal : le Gui du cade demeure très sensible au feu même si ses genévriers hôtes peuvent perdurer à la suite d’incendies peu fréquents.
La préservation de ses habitats est donc prioritaire. Heureusement, ces «junipéraies» sont reconnues d’intérêt européen selon la directive Habitats-Faune-Flore (5210 - Matorrals arborescents à Juniperus spp. ; 5130 - Formations à Juniperus communis sur landes ou pelouses calcaires) et font aujourd’hui l’objet d’une attention particulière des gestionnaires locaux (voir au dos) !
Préserver les populations ardéchoises
Sous l’impulsion du Conservatoire botanique national du Massif central et du Département de l’Ardèche, avec l’appui des animateurs et animatrices des Espaces naturels sensibles (ENS), un programme de rétablissement des populations de Gui du Cade offre un nouvel avenir à cette plante remarquable. Depuis quelques mois, des graines du Gui du Cade sont collectées dans la localité des Cévennes ardéchoises afin de réintroduire l’espèce sur de nouveaux sites et multiplier les chances de son maintien en Ardèche. Ces introductions ne sont pas susceptibles de mettre en péril les genévriers colonisés.
Animateurices et gestionnaires d’ENS et autres espaces naturels, élu·e·s des collectivités du territoire et propriétaires de parcelles de fourrés sont donc invités à participer à cette opération inédite :
- Identifier des sites d’implantation riches en genévriers à partir des connaissances de terrain, cartographies d’habitats, bases de données permettant de visualiser la répartition des genévriers : www.biodiversite-auvergne-rhone-alpes.fr
- Disposer d’une maitrise foncière ou d’usage des futurs sites d’implantation riches en genévriers ;
- Ensemencer 10 genévriers à partir des graines de Gui du Cade collectées sur ses stations existantes ;
- Suivre la réussite de l’expérimentation pendant plus de 10 ans.
Gui est là ? Aidez-nous à localiser et préserver le gui du cade
1 - recherchez...
- Recherchez le Gui du Cade sur l’ENS, les communes de Montselgues, Malarce-sur-la-Thines, et leurs alentours : examinez attentivement les branches des genévriers lors de vos randonnées, plus particulièrement dans les secteurs chauds, secs et ensoleillés ;
- Indiquez-nous des parcelles riches en genévriers dont vous seriez propriétaires ou usagers : fourrés, anciens parcours pastoraux... Les parcelles doivent être bien ensoleillées et les genévriers de doivent pas être exploités.
2 - Photographiez...
Prenez une photo des branches de genévriers colonisés par le Gui ou des sites riches en genévriers avec votre téléphone en prenant soin d’activer préalablement le GPS.
3 - Contribuez...
Envoyez-nous votre photo en indiquant le nom de la commune où elle a été prise, ainsi que le point GPS ou une localisation précise : par mail à nicolas.bianchin@cbnmc.fr ou par SMS au 07 80 77 81 43. Vous pouvez également pointer votre observation à l'aide de ce formulaire.
