Préserver la flore sauvage sur le réseau routier du Centre-Ouest : 3 années de partenariat entre le CBN et la Direction interrégionale des routes
Depuis plus d'une dizaine d'années, le Conservatoire botanique national du Massif central apporte son expertise et son appui auprès de la Direction Interdépartementale des Routes du Centre-Ouest (DIRCO) : journées techniques à la reconnaissance et à la gestion des espèces exotiques envahissantes, inventaire de la biodiversité floristique sur les différentes aires de repos le long du réseau sous compétence de la DIRCO, animation de temps d’échanges sur les pratiques et calendrier de gestion sur ces aires de repos, réflexions sur la végétalisation après aménagements, etc., les sujets de coopération ne manquent pas ! La diffusion d'une web série, courant 2025, consacrée à quelques opérations de prise en compte de la biodiversité est l'occasion de faire le point sur les travaux menés aux côtés de la DIRCO dans le cadre de la convention cadre de partenariat 2023-2025.
Une convention triennale en faveur de la diversité floristique du domaine routier...
Ces trois dernières années, compte tenu des compétences et des missions propres aux deux structures, la DIRCO et le CBN Massif central ont souhaité collaborer sur les champs suivants :
- L’amélioration des connaissances de la biodiversité végétale présente sur le réseau routier (flore vasculaire, végétation et habitats naturels, trames écologiques, etc.) ;
- Les échanges de données floristiques ;
- L’assistance technique et le conseil en matière d’aménagement et de gestion des dépendances vertes, notamment en matière de végétalisation écologique (choix des techniques de végétalisation, des espèces à implanter/semer, relecture des CCTP, etc.) ;
- Le partage d’expériences autour de la végétalisation écologique (formations, journée d’échanges techniques, etc.) et la mise en place de suivis scientifiques sur les zones qui feront l’objet d’une revégétalisation ;
- L'aide à la prise en compte des espèces exotiques envahissantes présentes sur le réseau : alertes quant aux observations d’espèces émergentes, aide à la mise en place d’opérations expérimentales de gestion, partage de retours d’expériences / contacts, valorisation des retours d’expériences détenus par les agents de terrain ;
- La valorisation des actions réalisées conjointement et des résultats obtenus.
Les travaux menés ces trois dernières ont permis d’améliorer significativement la connaissance de la flore en particulier sur les aires de repos gérées par la DIRCO et d’engager de premières actions en faveur de la biodiversité !
Plus de 2 000 observations floristiques ...
Dans le cadre de ce partenariat, un premier inventaire de la biodiversité floristique a été mené en 2023 sur les différentes aires de repos des routes nationales N141, N145 et de l’autoroute A20, ainsi que ponctuellement sur des aires de service devant faire l’objet d’un renouvellement de concession prochainement, sur de nouvelles aires de repos prévues et sur quelques dépendances.
Les 156 relevés réalisés en 2023 ont permis de recueillir 2160 données botaniques reversées dans l’Observatoire de la Biodiversité Végétale de Nouvelle-Aquitaine (plateforme SINP régionale). Et les aires de repos réservent parfois quelques belles surprises botaniques !
Les aires de repos de Briance-Ligoure et du Puy-de-Grâce situées sur l’A20, ou encore certaines dépendances vertes situées sur N147/N520 présentent, par exemple, des pelouses moyennement acides peu riches en matières organiques, composées d’orchidées (Anacamptis morio, Neotinea ustulata, Serapias lingua et Spiranthes autumnalis…).

Photos ci-dessus : Orchis bouffon (Orchis morio) ; Orchis brûlé (Neotina ustulata) ; Crassule tillée (Crassula tillaea)
Toutefois, la plupart des pelouses situées aux abords des zones de stationnement et sur les parties centrales (blocs sanitaires, tables de pique-nique, poubelles, etc.) sont sous influence des usages et pratiques de gestion : le piétinement régulier, la fauche rase, les déjections / dépôts, etc. conduisent au développement d’une végétation rase dominée par quelques espèces accoutumées aux sols riches en éléments nutritifs et régulièrement perturbés. La forte pression exercée tend à réduire la diversité (Pâquerette, Achillée millefeuille, Ray-Grass etc.). Dans les zones fortement piétinées, sablonneuses et peu végétalisées comme celles observées sur l’aire de Coulerouze, les botanistes du CBN ont pu toutefois observer la Crassule tillée ou Crassule mousse, une espèce annuelle qui, bien qu’associée à des milieux rudéralisés, est considérée en danger de disparition en Limousin selon l’actuelle Liste rouge régionale.
Dans et aux abords des bassins de rétention, des végétations aquatiques et humides peuvent également se développer (herbiers à potamots, roselières, mégaphorbiaies…). Ces végétations ne présentent pas d’intérêt floristique ou phytocénotique particulier. En revanche, elles jouent un rôle important pour les invertébrés aquatiques et les Amphibiens (abri, nourriture, reproduction) ainsi qu’un rôle non négligeable dans la phyto-épuration.
Enfin, les inventaires ont permis de pointer les nombreuses espèces exotiques envahissantes (Ailanthe, Ambroisie, Paspale dilaté, Robinier…) présentes sur les aires et accotements. Ces éléments ont pu être porté à la connaissance des équipes en charge de l’entretien. Cette étape d’inventaires floristiques est un préalable nécessaire pour pouvoir accompagner techniquement et scientifiquement les équipes de la DIRCO dans le choix des modalités de gestion les plus adaptées aux enjeux en présence et usages et dans les réflexions sur les éventuels aménagements programmés.
Vers une gestion différenciée des aires de repos en faveur de la biodiversité…
Plusieurs demi-journées ont été organisées dans les Centres d’entretien et d’intervention (CEI) de Feytiat, Uzerche, Etagnac, Bessines-sur-Gartempe, Guéret -, pour informer et sensibiliser les équipes sur les enjeux faune (démarche réalisée par la LPO Limousin) / flore mis en exergue (diversité observée, espèces patrimoniales et plantes exotiques envahissantes), faire le bilan des pratiques de gestion actuelles et dessiner les perspectives d’évolution de gestion en concertation avec les équipes. Les préconisations apportées ont été croisées avec celles faites en faveur d’autres groupes taxonomiques (pollinisateurs : étude Polli’routes réalisée en 2023 par les CPIE de la Corrèze et des Pays creusois ; accompagnement de la LPO, etc.). Ces préconisations ont pu porter sur l’adaptation des périodes et de la hauteur des fauches, la replantation de haies / confortement des trames existantes, la révision des cahiers des charges en cas de renouvellement des concessions sur le volet espaces verts, etc. Les temps d’échanges collectifs dans chaque CEI ont permis de dessiner et spatialiser de façon concertée les évolutions de pratiques d’entretien envisagées.

Des opérations de revégétalisation écologique innovantes
Jusqu’alors, la plupart des terres mises à nues à l’issue des chantiers routiers sont souvent revégétalisées à l’aide d’un semis de plantes non indigènes sinon produites sans tenir compte de la diversité génétique locale.
À la suite de leurs inventaires, les botanistes du CBN ont proposé aux services de la DIRCO de récolter des semences sur des milieux prairiaux diversifiés et non remaniés situés sur l’emprise du domaine routier. Une prairie de 8000 m2 située sur l’aire de Coulerouze n’ayant été ni impactée lors des travaux de création de l’aire, ni ressemée ces 20 dernières années, a par exemple été proposée comme site source pour collecter des semences prairiales et réensemencer d’autres zones potentielles à revégétaliser. Le brossage de ses semences a été conduit en 2024.
Faire connaître les enjeux de biodiversité et les travaux conduits avec la DIRCO
Dans la perspective de faire connaître au public usager les éléments remarquables observés lors des inventaires mais aussi de faire comprendre les modalités de gestion différenciée mises en place sur les aires de repos, des panneaux d’information et une web série ont été élaborés. Ces travaux ont été déployés dans le cadre d’un appel à projets biodiversité de la Direction de l’Eau et de la Biodiversité.
Ces trois années de partenariat auront permis d'identifier certains enjeux de préservation de la biodiversité sur le réseau de la DIRCO. Leur intégration dans de nouvelles pratiques d'entretien constitue un beau défi pour les équipes responsables du devenir de ce patrimoine.
