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Régulièrement sollicité sur l’état des ressources végétales sauvages tant par les professionnels de la cueillette eux-mêmes que par les services de l’État ou les organismes de préservation de l’environnement, le CBN Massif central a réalisé, en 2012, par l'intermédiaire d'un stage assuré par Violaine Laucoin, étudiante en Master II à l'Université Paul Verlaine (Metz), une étude visant à réaliser un état des lieux de la cueillette amendé des connaissances acquises par le CBN. Cette étude a bénéficié d'un appui technique de la DREAL Auvergne, de la Société d’intérêt collectif agricole de la région Auvergne des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (SICARAPPAM), du Syndicat inter-massif pour la production et l'économie des simples (SIMPLES), et de l’Association française des cueilleurs (AFC).

En analysant l'abondante bibliographie ethnobotanique disponible sur le Massif central et les données de l'INSEE, cette étude a, en premier lieu, resitué la cueillette dans un cadre national, puis mis en évidence l'importance économique et culturelle de certaines cueillettes "historiques" (Gentiane jaune, Narcisse des poètes, lichens, Arnica des montagnes, Myrtille...) qui ont façonné les savoirs et savoir-faire, et enfin, mis en exergue l'évolution des filières de transformation et la diversification nouvelle des espèces cueillies depuis ces dernières décennies. Ainsi, 257 cueilleurs intervenant sur le territoire d'agrément du CBN Massif central ont été recensés. La plupart officient à travers l'un des trois principaux groupements de cueilleurs (coopératives, syndicats...). Parmi les 700 entreprises identifiées sur le territoire utilisant potentiellement des produits de cueillette, 51 entreprises ont été interrogées sur leur production, leur structure économique et leur potentiel de développement. Ces dernières génèrent un chiffre d'affaire global de plus de 630 millions d'euros et participent à l'emploi de plusieurs milliers de personnes.
D'un point de vue botanique, l'étude de la bibliographie et la réalisation d'enquêtes de terrain ont permis de dresser une liste d'environ 370 espèces cueillies sur le territoire d'agrément du CBN Massif central. Pour chacune d'elle, l'étude s'est intéressée aux modes opératoires et aux territoires cueillis. On apprend alors qu'outre les outils manuels déjà connus, la filière fait appel à de nouveaux engins motorisés permettant des cueillettes de masse : minipelle, taille-haie électrique, peigne mécanisé, tronçonneuse... On apprend également que la flore est collectée dans une large palette de milieux naturels et plus particulièrement en zones de montagne (chaîne des Puys, Livradois, Forez, Devès, Margeride, Cévennes...). À ce titre, l'étude met en exergue la concentration des zones de cueillette sur des zones particulièrement riches d'un point de vue écologique (Parcs naturels régionaux, ZNIEFF, sites Natura 2000...).
Si certains volumes importants concernent des espèces communes (> 121 tonnes / an de racines fraîches de Gentiane jaune*, > 12 tonnes / an de Reine des prés sèche, etc.), l'étude met en évidence des collectes d'espèces plus rares dont l'impact reste peu connu : Atropa belladona, Calendula arvensis, Teucrium scordium, Pyrola rotundifolia, Ephedra dubia...
Enfin, parce que la cueillette est exercée avant tout par des hommes et des femmes qui vivent sur le territoire, l’enquête auprès des acteurs de la cueillette a cherché à mieux connaître les professionnels de la cueillette et leurs attentes vis-à-vis des services de l’État mais aussi des institutions techniques et scientifiques dont fait partie le CBN Massif central. Quelles sont les difficultés du métier ? Quels outils seraient à mettre en œuvre pour mieux connaître, préserver et gérer les ressources ? Quels échanges d’informations imaginer entre les organismes chargés de la préservation de l’environnement et les entreprises exploitant les ressources végétales sauvages ? Quelles valorisations culturelles pourraient être envisagées autour de ce dialogue ? Pour tenter d'y parvenir, l'étude a notamment fait l'objet d'une présentation auprès de 80 acteurs de la cueillette et de la préservation de l'environnement, le 14 décembre 2012, à Lempdes. Celle-ci fut l'occasion de débattre de certains points de vue et d'entamer un dialogue sincère associant tous les acteurs de la filière, pour que la richesse floristique du Massif central héritée d’un long passé agropastoral et traditionnel, demeure préservée, partagée et valorisée.

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* Depuis cette étude et au delà du territoire d’agrément du CBN Massif central, la connaissance de la filière Gentiane s’est considérablement accrue grâce au travail du CPPARM. On sait désormais que plus de 1000 tonnes de racines fraîches sont collectées chaque année sur le Massif central. Cet écart d’appréciation avec l’étude menée par le CBN illustre combien il est difficile mais nécessaire de mieux connaître les volumes collectés de plantes sauvages dans la perspective de vérifier la pérennité des ressources.
Présentation Gentiane et filière