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Zoom sur une plante

Dédiée au naturaliste suédois Erich Laxmann (1737-1796), cette massette a été observée le 16 juillet 2016 sur la commune de Poleymieux-au-Mont-d’Or, dans le massif du Mont d’Or lyonnais (Rhône). Sur une surface d’environ 200m², plus de 1000 tiges en début de floraison y ont été estimées au sein d'une dépression marneuse d'une ancienne carrière d’argile, aujourd’hui occupée par un club de loisirs privé.
Ce taxon se reconnaît à ses feuilles très étroites (moins de 5mm de large à la floraison) et surtout par son épi mâle bien plus long que l’épi femelle et distant de celui-ci.
Connue du quart sud-est de notre pays, cette massette a déjà été signalée en région Auvergne-Rhône-Alpes dans la Drôme et l'Ain. Pour ce dernier département, elle a été revue récemment sur l’île de Miribel-Jonage à proximité immédiate de l'agglomération lyonnaise, où elle semble déjà ponctuellement bien établie.

Jean-François Christians

Certaines espèces rares ne se retrouvent qu’après de longues journées de recherches infructueuses… Il aura finalement fallu herboriser entre les pieds des vacanciers, sur les berges de l’étang de Saint-Bonnet-Tronçais (03), pour retrouver enfin le Souchet jaunâtre (Cyperus flavescens) ! Une population importante de ce petit Cyperus rampant aux jolies inflorescences dorées a donc été comptabilisée début août 2017 alors même que sa dernière mention remontait à plus de 30 années sur la queue de l’étang. Si les baigneurs n’avaient pas conscience d’être sur un hot spot de biodiversité, cela n’a pas empêché les joies estivales de se poursuivre entre châteaux de sable et farniente. Il est d’ailleurs probable que ces activités ne soient pas une menace directe pour l’espèce qui occupe là une des plus grandes populations connues du département de l’Allier.

Marine Pouvreau

La fin de l’été 2017 a été marquée par la finalisation de la recherche des stations d’Isoete des lacs (Isoetes lacustris), espèce protégée au niveau national, au sein de l’Espace naturel sensible du Lac du Bouchet (Haute-Loire). Quelques plongeurs du Club Vellave de Plongée, très investis, ont donné de leur temps et de leur énergie pour aider le CBN Massif central à cartographier les stations de l’espèce. Les observateurs, équipés de bouteilles de plongée et attachés à une bouée permettant d’enregistrer les trajets sous l’eau à l’aide d’un gps, ont ainsi pu suivre les herbiers d’Isoète sur toute leur longueur. Cette cartographie montre que l’espèce se développe sous l’eau, principalement entre 1 et 3 m à sa plus grande profondeur, sur la bordure est du lac. Les promeneurs peuvent d’ailleurs l’observer du haut de la passerelle aménagée dernièrement par le Département de la Haute-Loire.

Marine Pouvreau

Voilà plusieurs décennies que l’Isoetes echinospora Durieu (1861) était recherché dans ses stations historiques du Puy-de-Dôme. Dans ce cadre, une nouvelle station vient d’être découverte début août 2017, en très faibles effectifs, sur un lac d’altitude, en marge du Cézallier par Brice Chéron. Contrôlée par l’équipe du CBN suite à l’examen des mégaspores au microscope, cette découverte constitue la troisième station de l’espèce pour le département du Puy-de-Dôme, et place notre territoire d’agrément en toute première ligne pour la survie française de l’espèce, l’autre principal foyer étant circonscrit aux Pyrénées...

Brice Chéron

Trifolium repens var. biasolettii (Steudel & Hochstetter) Ascherson & Graebner (1908), probablement plus connu sous le nom (actuellement synonyme) de T. repens subsp. prostratum Nyman, est une variété particulièrement rare et/ou sous-observée en France : SI-Flore mentionne seulement deux observations contemporaines pour toute la France !

Découvert en Juillet 2017 à Saint-Julien-Boutières (Ardèche) par Brice Chéron qui observait déjà ce taxon depuis 2014 à Saint-Pons (Ardèche) et confirmé par Pierre Coulot, ce trèfle n’y est présent que sur de très petites surfaces et en faibles effectifs, potentiellement fragiles et sensibles à toute activité humaine. Il semble inféodé aux groupements majoritairement thérophytiques (tonsure d'annuelles), pionniers, hygrophiles, acidophiles, oligotrophiles, sur sables. Probablement sous-observé en France, ce taxon serait à rechercher dans les milieux primaires en bon état de conservation...

Brice Chéron

Aira armoricana est une plante annuelle de la famille des Poacées. Observée récemment en Ardèche (2015), dans la Loire (2016) et le Rhône (2016), cette espèce était encore récemment considérée comme une sous-espèce d’Aira caryophyllea L.

Toutefois, elle s’en distingue par des épillets tendant à se condenser, un tallage important et un port dense élancé généralement de grande taille (figures 1 et 2 ci-dessous). Cette espèce est certainement plus souvent confondue avec Aira multiculmis Dumort., régulièrement citée en Auvergne car elle présente également un tallage important et des épillets condensés. La distinction entre ces deux espèces est possible grâce à la taille des épillets (plus de 2,6 mm en général pour A. armorica, ici de 2.63 à 2.77 mm) et à la base de la glume inférieure (figure 2 ci-dessous) formant un angle de plus de 80% (Tison, 2014).

Cette espèce a été observée pour la première fois dans l’Allier le 24 mai 2017 sur l’ENS de la Boire des Carrés dans des pelouses pâturées des terrasses hautes de l’Allier, avec des recouvrements importants.

Lors de prospection botanique sur le plateau de Vichel dans le Puy-de-Dôme, l’espèce a été découverte le 21 juin 2017 par Nicolas Guillerme et Jacques-Henri Leprince au sein de pelouses annuelles neutroclines sur une chaux basaltique, en compagnie d’Aira caryophyllea L., de Trifolium strictum L. ou de Bupleurum baldense Turra, etc.

Actuellement, l’espèce est certainement méconnue et généralement confondue car la détermination s’avère délicate. Elle est à rechercher dans les autres départements du Massif central (Cantal, Haute-Loire) et sa répartition reste à parfaire. Pour le moment, elle a été observée dans des milieux en bon état de conservation, non dégradés par l’homme.

Nicolas Guillerme et Jacques-Henri Leprince

La Queue-de-souris naine (Myosurus minimus) est une plante annuelle qui fréquente habituellement les sables, graviers et vases humides des berges des étangs et grandes rivières, limons humides en bordure des champs, mares temporaires… De la famille des Renonculacées, c’est la seule espèce du genre en France. Son aire de distribution est assez vaste : Europe (surtout centrale), Asie occidentale, Afrique et Amérique septentrionales.

En France, elle est généralement rare et en régression dans l'ouest, le nord et le centre, et très sporadique dans l'est et le midi (présente surtout dans le nord du Massif central et la région méditerranéenne).

En Rhône-Alpes, les observations récentes ne concernent que la Loire et l’Ain. Elle a fortement régressé et n’a pas été revue dans la Drôme, l’Isère et le Rhône. Nicole DENELLE dans sa thèse « Une analyse de la flore vasculaire du Vivarais et du Velay oriental » cite cette espèce dans le Pilat, le Plateau ardéchois et la Vallée du Rhône, cependant aucune de ces mentions n’était jusqu’à présent référencée dans le système d’information CHLORIS® pour le département de l’Ardèche. Myosurus minimus est inscrit dans la catégorie « En danger » de la Liste rouge de la flore vasculaire de Rhône-Alpes.

En Auvergne, les observations récentes ne concernent que l’Allier, le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire. Mais si elle s’est beaucoup raréfiée dans l’Allier, quelques observations récentes ont été réalisées dans le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire. Cette espèce est considérée « En danger critique » dans la Liste rouge de la flore vasculaire d’Auvergne. Elle a été observée le 29 avril 2016 dans une friche culturale proche du village de Préaux (07), en compagnie de la Renoncule des champs (Ranunculus arvensis).

Virginie PIERRON (Conservatoire d’espaces naturels Rhône-Alpes)
et Nicolas BIANCHIN (CBN Massif central)

Cette espèce annuelle est rare et dispersée sur une bonne partie du territoire national et quasiment absente du nord et de l’est de la France. Elle se localise principalement aux étages inférieurs au sein des régions sableuses et gréseuses mais reste en forte régression dans le Massif central et le Bassin parisien. En Auvergne-Rhône-Alpes, le Jonc en tête est considéré comme en danger (EN) dans les listes rouges des plantes vasculaires d’Auvergne et de Rhône-Alpes. Il est encore bien représenté en Ardèche, principalement dans les Cévennes. Ailleurs, il est rare à très rare, disparu (Rhône) ou absent (Savoie, Isère, etc.).

Dans le département de la Loire, ce petit jonc était autrefois plus fréquent (plaine, contreforts et Monts du Forez) selon A. Legrand, 1873. Aujourd’hui, une seule localité est connue dans les Monts de la Madeleine (Plantes sauvages de la Loire et du Rhône, 2013), au sein d’une culture humide.

C’est au cours d’une sortie organisée par Régis Didier de l’Observatoire de la biodiversité du Parc du Pilat, que le Jonc en tête a été découvert sur la commune de Chavanay, le 21 mai 2016 par Nicolas Guillerme (CBN Massif central). Il se trouvait au sein de pelouses vivaces et de prairies maigres, fraîches à humides parsemées de Serapias lingua L., d’Anacamptis coriophora (L.) R.M.Bateman, Pridgeon & M.W.Chase subsp. coriophora et d’Anacamptis laxiflora (Lam.) R.M.Bateman, Pridgeon & M.W.Chase.

Juncus capitatus constituait des populations nombreuses sous forme de petits patchs dans des végétations annuelles maigres sableuses et humides (Radiolion linoidis W.Pietsch 1971) en compagnie de Sagina apetala Ard. et de Moenchia erecta (L.) P.Gaertn., B.Mey. & Scherb. Il s’agit de la première citation dans le Pilat. Le site est exceptionnel et représente un enjeu très fort de conservation pour le Parc du Pilat, en raison de la présence d’espèces protégées ou inscrites sur la liste rouge régionale et de l’état de conservation des végétations présentes.

Nicolas Guillerme
CBN Massif central

L’Orobanche jaune est rare en France, où les principaux foyers sont situés dans le bassin moyen du Rhône et le nord-est du pays. Cette espèce est inféodée aux pelouses et ourlets calcicoles chauds et secs mais elle pénètre aussi parfois dans les cultures de légumineuses. Elle parasite les Fabaceae, notamment le genre Medicago.

Cette espèce n’est pas menacée en Rhône-Alpes [LC], en revanche les localités à l’ouest du Rhône sont peu nombreuses et elle n’avait jusqu’à présent jamais été recensée dans le département de la Loire (Plantes sauvages de la Loire et du Rhône, 2013). Repéré en 2015 sur les coteaux de Saint-Pierre-de-Bœuf, elle a été confirmée le 08 juin 2016.

Cette Orobanche a été observée dans le cadre d'une action inscrite dans le Contrat territorial Corridors biologiques du Grand Pilat. Cette action vise à préserver un réseau de pelouses sèches sur le piémont en rive droite du Rhône, au niveau des départements du Rhône, de la Loire et du nord-Ardèche. La pelouse qui héberge cette Orobanche est située dans un secteur riche en lœss et limons, ce qui a pour effet de produire une flore très originale pour le Pilat. On y trouve par exemple Inula montana, Teucrium polium, Ononis pusilla ou encore Linum tenuifolium. Autre particularité : la pelouse est située dans un secteur en AOP viticole où la pente importante a freiné les plantations mais a également rendu difficile toute autre activité : le secteur est donc très embroussaillé. On y observe toutefois de nombreuses traces d'animaux sauvages qui ont probablement participé à l’ouverture partielle du milieu. Le Conservatoire des espaces naturels va contacter les élus locaux et les propriétaires afin de leur faire part de la richesse de ce site et proposer de le préserver.

Guillaume CHORGNON (Conservatoire d’espaces naturels Rhône-Alpes)
et Nicolas BIANCHIN (CBN Massif central)

Le Saxifrage à feuilles d’épervière (Micranthes hieraciifolia) est une espèce artico-alpine, fréquente au nord du cercle polaire. En France, c’est une rareté uniquement connue du Cantal et nichée dans les falaises des deux cirques glaciaires du Puy Mary.
Protégée en France, elle est considérée en « danger critique d’extinction » (CR). Peu touchée par l’activité humaine (les stations sont inaccessibles), c’est son fort isolement géographique par rapport aux autres populations européennes et la faiblesse de ses effectifs qui la menacent.

Cet été, le CBNMC a associé ses compétences à Thomas AMODEI, botaniste cordiste d’« Inventaire vertical », pour descendre en rappel dans les falaises de l’Impradine à la recherche de l’espèce. Une première puisque le seul inventaire existant avait été mené en 1995 par Hervé LASSAGNE qui observait la plante à la jumelle et en escaladant les parois les plus accessibles.
Après une semaine de descentes, les botanistes sont enthousiastes : sur la dizaine de couloirs inventoriés, près de 70 individus ont été repérés soit plus que l’ensemble des individus dénombrés par H. LASSAGNE sur les mêmes couloirs ! Cette année, l’inventaire devrait se poursuivre afin d’estimer précisément la population de ces falaises qui représente un patrimoine végétal véritablement exceptionnel à l’échelle nationale.

Marine Pouvreau

Fiche de l'espèce
Fiche Chloris

Lors de la phase préparatoire à l’inventaire des macrolichens corticoles de l’agglomération du Puy-en-Velay, de nombreux échantillons ont été collectés par les botanistes du CBNMC afin de déterminer les possibilités et limites de cette étude.

Parmi le matériel échantillonné, Lecanora sambuci (Pers.) Nyl. a été rencontré plusieurs fois sur les petites branches horizontales d’un peuplier noir (Populus nigra L.) en bord de Loire. Il s’agit d’une nouveauté pour le département de la Haute-Loire.

Ce Lecanora peu commun (d’après ROUX 2014), à l’apparence proche de taxons plus fréquents (tel que L. chlarotera), s’en distingue très nettement par son thalle K- et ses spores groupées par plus de 8. Il se rencontre sur les écorces de Sureaux, de Frêne ou de Peupliers, dans des zones à faible pollution atmosphérique. L’échantillon a été collecté ici en ripisylve, en bordure de la Loire, en amont du Puy-en-Velay, sur la commune de Brives-Charensac. Il constitue un premier indice d’une qualité de l’air satisfaisante à cet endroit.

Cette découverte incite à prospecter avec plus attention ce type de milieu qui pourrait sembler, a priori, banal et dépourvu d’une grande diversité de lichens ; elle illustre également le potentiel de découverte d’un département du Massif central tel que la Haute-Loire.

Il y a fort à parier que l’inventaire des quelques 70 km² retenus dans cette étude nous réservera de nombreuses surprises et permettra de préciser la répartition et l’écologie de nombreux taxons de notre territoire.

A. Descheemacker