×

Zoom sur une plante

La Queue-de-souris naine (Myosurus minimus) est une plante annuelle qui fréquente habituellement les sables, graviers et vases humides des berges des étangs et grandes rivières, limons humides en bordure des champs, mares temporaires… De la famille des Renonculacées, c’est la seule espèce du genre en France. Son aire de distribution est assez vaste : Europe (surtout centrale), Asie occidentale, Afrique et Amérique septentrionales.

En France, elle est généralement rare et en régression dans l'ouest, le nord et le centre, et très sporadique dans l'est et le midi (présente surtout dans le nord du Massif central et la région méditerranéenne).

En Rhône-Alpes, les observations récentes ne concernent que la Loire et l’Ain. Elle a fortement régressé et n’a pas été revue dans la Drôme, l’Isère et le Rhône. Nicole DENELLE dans sa thèse « Une analyse de la flore vasculaire du Vivarais et du Velay oriental » cite cette espèce dans le Pilat, le Plateau ardéchois et la Vallée du Rhône, cependant aucune de ces mentions n’était jusqu’à présent référencée dans le système d’information CHLORIS® pour le département de l’Ardèche. Myosurus minimus est inscrit dans la catégorie « En danger » de la Liste rouge de la flore vasculaire de Rhône-Alpes.

En Auvergne, les observations récentes ne concernent que l’Allier, le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire. Mais si elle s’est beaucoup raréfiée dans l’Allier, quelques observations récentes ont été réalisées dans le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire. Cette espèce est considérée « En danger critique » dans la Liste rouge de la flore vasculaire d’Auvergne. Elle a été observée le 29 avril 2016 dans une friche culturale proche du village de Préaux (07), en compagnie de la Renoncule des champs (Ranunculus arvensis).

Virginie PIERRON (Conservatoire d’espaces naturels Rhône-Alpes)
et Nicolas BIANCHIN (CBN Massif central)

Cette espèce annuelle est rare et dispersée sur une bonne partie du territoire national et quasiment absente du nord et de l’est de la France. Elle se localise principalement aux étages inférieurs au sein des régions sableuses et gréseuses mais reste en forte régression dans le Massif central et le Bassin parisien. En Auvergne-Rhône-Alpes, le Jonc en tête est considéré comme en danger (EN) dans les listes rouges des plantes vasculaires d’Auvergne et de Rhône-Alpes. Il est encore bien représenté en Ardèche, principalement dans les Cévennes. Ailleurs, il est rare à très rare, disparu (Rhône) ou absent (Savoie, Isère, etc.).

Dans le département de la Loire, ce petit jonc était autrefois plus fréquent (plaine, contreforts et Monts du Forez) selon A. Legrand, 1873. Aujourd’hui, une seule localité est connue dans les Monts de la Madeleine (Plantes sauvages de la Loire et du Rhône, 2013), au sein d’une culture humide.

C’est au cours d’une sortie organisée par Régis Didier de l’Observatoire de la biodiversité du Parc du Pilat, que le Jonc en tête a été découvert sur la commune de Chavanay, le 21 mai 2016 par Nicolas Guillerme (CBN Massif central). Il se trouvait au sein de pelouses vivaces et de prairies maigres, fraîches à humides parsemées de Serapias lingua L., d’Anacamptis coriophora (L.) R.M.Bateman, Pridgeon & M.W.Chase subsp. coriophora et d’Anacamptis laxiflora (Lam.) R.M.Bateman, Pridgeon & M.W.Chase.

Juncus capitatus constituait des populations nombreuses sous forme de petits patchs dans des végétations annuelles maigres sableuses et humides (Radiolion linoidis W.Pietsch 1971) en compagnie de Sagina apetala Ard. et de Moenchia erecta (L.) P.Gaertn., B.Mey. & Scherb. Il s’agit de la première citation dans le Pilat. Le site est exceptionnel et représente un enjeu très fort de conservation pour le Parc du Pilat, en raison de la présence d’espèces protégées ou inscrites sur la liste rouge régionale et de l’état de conservation des végétations présentes.

Nicolas Guillerme
CBN Massif central

L’Orobanche jaune est rare en France, où les principaux foyers sont situés dans le bassin moyen du Rhône et le nord-est du pays. Cette espèce est inféodée aux pelouses et ourlets calcicoles chauds et secs mais elle pénètre aussi parfois dans les cultures de légumineuses. Elle parasite les Fabaceae, notamment le genre Medicago.

Cette espèce n’est pas menacée en Rhône-Alpes [LC], en revanche les localités à l’ouest du Rhône sont peu nombreuses et elle n’avait jusqu’à présent jamais été recensée dans le département de la Loire (Plantes sauvages de la Loire et du Rhône, 2013). Repéré en 2015 sur les coteaux de Saint-Pierre-de-Bœuf, elle a été confirmée le 08 juin 2016.

Cette Orobanche a été observée dans le cadre d'une action inscrite dans le Contrat territorial Corridors biologiques du Grand Pilat. Cette action vise à préserver un réseau de pelouses sèches sur le piémont en rive droite du Rhône, au niveau des départements du Rhône, de la Loire et du nord-Ardèche. La pelouse qui héberge cette Orobanche est située dans un secteur riche en lœss et limons, ce qui a pour effet de produire une flore très originale pour le Pilat. On y trouve par exemple Inula montana, Teucrium polium, Ononis pusilla ou encore Linum tenuifolium. Autre particularité : la pelouse est située dans un secteur en AOP viticole où la pente importante a freiné les plantations mais a également rendu difficile toute autre activité : le secteur est donc très embroussaillé. On y observe toutefois de nombreuses traces d'animaux sauvages qui ont probablement participé à l’ouverture partielle du milieu. Le Conservatoire des espaces naturels va contacter les élus locaux et les propriétaires afin de leur faire part de la richesse de ce site et proposer de le préserver.

Guillaume CHORGNON (Conservatoire d’espaces naturels Rhône-Alpes)
et Nicolas BIANCHIN (CBN Massif central)

Le Saxifrage à feuilles d’épervière (Micranthes hieraciifolia) est une espèce artico-alpine, fréquente au nord du cercle polaire. En France, c’est une rareté uniquement connue du Cantal et nichée dans les falaises des deux cirques glaciaires du Puy Mary.
Protégée en France, elle est considérée en « danger critique d’extinction » (CR). Peu touchée par l’activité humaine (les stations sont inaccessibles), c’est son fort isolement géographique par rapport aux autres populations européennes et la faiblesse de ses effectifs qui la menacent.

Cet été, le CBNMC a associé ses compétences à Thomas AMODEI, botaniste cordiste d’« Inventaire vertical », pour descendre en rappel dans les falaises de l’Impradine à la recherche de l’espèce. Une première puisque le seul inventaire existant avait été mené en 1995 par Hervé LASSAGNE qui observait la plante à la jumelle et en escaladant les parois les plus accessibles.
Après une semaine de descentes, les botanistes sont enthousiastes : sur la dizaine de couloirs inventoriés, près de 70 individus ont été repérés soit plus que l’ensemble des individus dénombrés par H. LASSAGNE sur les mêmes couloirs ! Cette année, l’inventaire devrait se poursuivre afin d’estimer précisément la population de ces falaises qui représente un patrimoine végétal véritablement exceptionnel à l’échelle nationale.

Marine Pouvreau

Fiche de l'espèce
Fiche Chloris

Lors de la phase préparatoire à l’inventaire des macrolichens corticoles de l’agglomération du Puy-en-Velay, de nombreux échantillons ont été collectés par les botanistes du CBNMC afin de déterminer les possibilités et limites de cette étude.

Parmi le matériel échantillonné, Lecanora sambuci (Pers.) Nyl. a été rencontré plusieurs fois sur les petites branches horizontales d’un peuplier noir (Populus nigra L.) en bord de Loire. Il s’agit d’une nouveauté pour le département de la Haute-Loire.

Ce Lecanora peu commun (d’après ROUX 2014), à l’apparence proche de taxons plus fréquents (tel que L. chlarotera), s’en distingue très nettement par son thalle K- et ses spores groupées par plus de 8. Il se rencontre sur les écorces de Sureaux, de Frêne ou de Peupliers, dans des zones à faible pollution atmosphérique. L’échantillon a été collecté ici en ripisylve, en bordure de la Loire, en amont du Puy-en-Velay, sur la commune de Brives-Charensac. Il constitue un premier indice d’une qualité de l’air satisfaisante à cet endroit.

Cette découverte incite à prospecter avec plus attention ce type de milieu qui pourrait sembler, a priori, banal et dépourvu d’une grande diversité de lichens ; elle illustre également le potentiel de découverte d’un département du Massif central tel que la Haute-Loire.

Il y a fort à parier que l’inventaire des quelques 70 km² retenus dans cette étude nous réservera de nombreuses surprises et permettra de préciser la répartition et l’écologie de nombreux taxons de notre territoire.

A. Descheemacker

Dans le cadre du Plan Biogéographique d’Action et de Conservation (PBAC) de Ranunculus lateriflorus, la Renoncule à fleurs latérales, une mission de recherche aérienne a été menée au dessus du grand plateau basaltique du Coiron, en Ardèche.

L’espèce, menacée et protégée au niveau national, jusqu’alors connue sur quelques mares temporaires de la plaine du Regard, sur une extrémité sud du plateau du Coiron, pourrait potentiellement être présente sur d’autres pièces d’eau du reste du plateau. Ce dernier étant très vaste, la mission consistait à survoler en ULM l’ensemble du plateau afin d’y localiser les zones en eau. La mission s’est déroulée mi mars 2016, après une période pluvieuse, grâce aux impressionnantes machines volantes de la société Ardèche ULM, fabriquées entièrement sur place !

À une vitesse de 100 km/h et à 150m d’altitude, portés par deux grandes ailes jaunes, le pilote et Marine Pouvreau, botaniste du CBN Massif central, ont parcouru l’ensemble du plateau en seulement 4h de vol ! Du ciel, la vue plongeante sur le territoire a permis de faire des photographies précises d’une quarantaine de mares. Ainsi repérées et géoréférencées sur cartes, celles-ci seront la base des inventaires à pied du botaniste… terrien cette fois-ci !

Le CBN tient à saluer l'initiative d'Anne-Marie Chauvignat, membre de l'ALBL, qui a entrepris de suivre l'évolution d'une station de Faucillaire (Falcaria vulgaris) située sur la commune de Chasteaux, en Corrèze afin de nous rendre compte de l’état de conservation de cette plante. Ce type d’information est particulièrement précieux pour le Conservatoire botanique national du Massif central qui ne peut suivre, en temps réel, l’intégralité des stations de plantes remarquables du Massif central.

L'étendue de la station a quadruplé depuis 2012, mais les pieds sont beaucoup moins vigoureux. Ils sont envahis par les graminées (Fromental, Dactyle, etc.) et le Liseron des champs. La diversité végétale semble s’être amoindrie et se limiter essentiellement à ces deux indications.

La prairie n’a été ni fauchée ni pâturée. Seuls les arbres et arbustes en bordure du site (nord-est) ont été coupés.

Falcaria vulgaris relevé 2015

Damasonium alisma Mill.

 

 

La Damasonie étoilée est une plante herbacée annuelle aquatique ou amphibie, de la famille des Alismatacées, aux floraisons blanches ou blanc-rosé et dont le fruit en étoile lui a donné son nom.

Cette espèce disséminée sur la façade atlantique et dans le Bassin parisien demeure rarissime ailleurs. Elle se développe au sein des pelouses annuelles pionnières amphibies des berges vaseuses à exondation estivale des étangs, des mares et des bras-morts . On peut l’observer aussi dans les mouillères, qui sont des dépressions temporairement inondées au sein de champs cultivés.
En Auvergne, l’Étoile d’eau n’est connue que du département de l’Allier. Longtemps restée inobservée, elle a été redécouverte par É. Brugel en 2002 et 2003 qui a signalé deux populations dans le val de Loire, à l’est du département. La première se localise sur la commune de Pierrefitte-sur-Loire, dans un bras-mort de la Loire envahi par la Jussie à grandes fleurs (Ludwigia grandiflora). Elle n’y a, à ce jour, pas été revue. L’autre localité est située un peu plus au nord, dans la commune de Dompierre-sur-Besbre. Située en bordure d’une mare-abreuvoir, cette station a depuis été détruite suite à une extraction de matériaux. Historiquement, l’espèce était un peu plus répandue dans le département mais était néanmoins considérée comme rare (à la fin du XIXe). Elle était également citée autrefois à Chassenard et Beaulon dans le val de Loire, au Veurdre, Lurcy-Levis et Saint-Pourçain-sur-Sioule dans le val d’Allier ainsi qu’à Sauvagny dans le bocage bourbonnais.
L’Étoile d’eau était autrefois présente dans des communes limitrophes du département de l’Allier, que ce soit en Bourgogne (Saône-et-Loire, Nièvre) ou en région Centre (Cher).
Sur le territoire d’agrément du Conservatoire, l’espèce a été redécouverte récemment en 2001 et 2011 dans le département de la Loire, dans deux plans d’eau de la plaine du Forez. Elle était autrefois considérée, dans ce département, comme très commune sur les bords d’étangs et dans les fossés de ce secteur.

D. alisma est rare et en régression sur l’ensemble du territoire français, essentiellement du fait de la dégradation ou de la destruction de ses habitats : creusement de carrières ou de gravières, comblement des mares, mouillères, étangs et bras-morts, absence de marnage estival dans certains plans d’eau, concurrence par les espèces exotiques envahissantes…

Face à l’extrême rareté et la fragilité de l’espèce sur son territoire d’agrément, le Conservatoire botanique national du Massif central (CBN Massif central) a initié en 2014 un Plan biogéographique d’action et de conservation, visant à sauvegarder ses dernières populations de D. alisma mais aussi à mieux connaître la plante, sa biologie, sa répartition… Ainsi, des prospections ciblées pourraient permettre de découvrir ou redécouvrir des populations d’Étoile d’eau, qui bénéficieraient alors de mesures de préservation adaptées, à l’instar de l’unique population ligérienne connue aujourd’hui (gestion par la Fédération départementale de pêche, sur les conseils du CBN Massif central). L’espèce est à rechercher dans les grandes vallées alluviales, dans les annexes hydrauliques des cours d’eau mais aussi sur les berges en pente douce de mares, d’étangs ou de gravières, tout particulièrement dans le nord et l’est du département, dans les vals de Loire et d’Allier.

Pour en savoir plus :

Fiche d'information
Ne pas confondre l'Étoile d'eau avec...
Fiche Chloris

 

Genista germanica L.

 

 

Le Genêt d’Allemagne est un sous-arbrisseau, de la famille des Fabacées, pouvant atteindre 60 cm de hauteur, à rameaux dressés velus, les plus âgés portant des épines rameuses, alors que les jeunes rameaux sont dépourvus d’épines. Ses feuilles, simples, entières et presque entièrement dépourvues de pétiole, ont une forme lancéolée ; elles sont d’un vert foncé brillant, et portent des poils sur leur marge et leur face inférieure ; elles persistent sur la plante en début d’hiver. Les fleurs papilionacées, d’un jaune vif, groupées en grappes au sommet des rameaux, s’épanouissent entre avril et juillet. Les fruits sont des gousses d’1 cm de long sur 0,5 cm de large, marron foncé et velues, contenant de 2 à 4 graines ovoïdes.

En France, cette espèce se rencontre principalement en lisière de chênaies, plus rarement dans les fourrés, les landes ou les pelouses sèches, notamment dans les massifs orientaux du pays (Vosges, Jura, Alpes).

Plus dispersée dans le reste de la moitié est de la France, l’espèce s’avère rare et en nette régression dans la Loire où ses populations sont fragiles, du fait de leur isolement, de leurs faibles effectifs et parfois de leur faible fertilité. Certaines populations sont menacées à court terme par l’embroussaillement, par une gestion sylvicole inappropriée ou un entretien inadapté des bords des routes.

Les travaux d'inventaire réalisés ces dernières années sur Genista germanica ont montré que la population ligérienne la plus importante connue à ce jour (une dizaine d’individus recensés), est celle de Rozier-en-Donzy. À cet égard, le CBN Massif central a souhaité proposer à l’école primaire et à la commune de s’impliquer concrètement dans la préservation de l’espèce, notamment par une campagne d’information à destination des propriétaires, des services, des usagers et des habitants de la commune…

Pour en savoir plus :

Fiche d'information
Fiche Chloris

Bupleurum gerardii

 

 

D’aspect très grêle, le Buplèvre de Gérard est une plante rare et discrète qui croît au sein de pelouses thermophiles vivaces, ainsi que dans les trouées du couvert végétal pelousaire, où prospèrent des végétations pionnières à petites annuelles et à orpins.

En France, cette espèce est présente çà et là sur le pourtour méditerranéen, surtout à l’est du Rhône, ainsi que dans la vallée de la Loire entre la Bourgogne et la Touraine, et dans le Centre-Ouest. Particulièrement rare et en régression sur l’ensemble du territoire français, le Buplèvre de Gérard subit de plein fouet la destruction de ses habitats suite au creusement de carrières ou de gravières, la fermeture des pelouses sèches du fait de la déprise agricole, ou encore la pratique de sports motorisés de plein air. Au regard des menaces importantes pesant sur cette plante (inscrite au Livre rouge de la flore menacée de France tome II et citée dans le « coeur » de la liste rouge de la flore vasculaire de Rhône-Alpes avec la cotation « vulnérable » (VU), le Conservatoire botanique national du Massif central (CBN Massif central) et le Département de la Loire ont souhaité inscrire le Buplèvre de Gérard dans le cadre d’un programme de « Préservation de la flore patrimoniale du département de la Loire », notamment grâce à sa politique de Schéma départemental des milieux naturels.

Depuis 2008, les deux populations ligériennes de B. gerardii sont suivies annuellement par le CBN Massif central et ont fait l’objet de prélèvement de semences pour la conservation ex situ de l’espèce. Des recherches complémentaires ont été réalisées aux alentours des populations connues dans l’espoir de nouvelles découvertes, hélas sans succès malgré l’existence de milieux favorables. Une réflexion est aujourd’hui lancée, en collaboration étroite avec des organismes gestionnaires d’espaces naturels et des partenaires institutionnels, afin de mettre en place les méthodes de gestion les plus adaptées au maintien et à l’extension des populations ligériennes de Buplèvre de Gérard. L’instauration d’un pâturage annuel extensif est envisagé afin de favoriser les mosaïques de milieux et espérer voire y croître ce Buplèvre…

Pour en savoir plus :

Fiche d'information
Fiche Chloris

Isoetes echinospora

 

 

L’Isoète à spores épineuses est pour le botaniste ce qu’est le monstre du Loch Ness pour un Écossais : une créature mystérieuse passant son temps sous des eaux claires et limpides et n’apparaissant qu’aux yeux d’observateurs curieux et attentifs… Le mystère est d’abord d’ordre taxonomique : sous des airs de petites touffes de feuilles raides, droites et fragiles, lui donnant l’aspect d’un petit jonc, cette plante produit des spores et s’avère génétiquement plus proches des sélaginelles et des lycopodes que des fougères à grandes frondes… C’est pourquoi, avec 14 autres espèces, elle est classée parmi les Lycopodiopsides et représente la famille des Isoétacées. Pour la distinguer d’autres plantes telles que de jeunes pousses de littorelle ou de joncs, les botanistes observent la section transversales des feuilles, appelées lycophylles qui, fait notable pour les spécialistes, comportent quatre canaux aérifères. Mais seul un examen des spores au microscope permet d’identifier l’espèce avec certitude : situées à la base renflée des feuilles, elles sont entièrement couvertes de petites épines serrées.

Second mystère, on ne croyait l’espèce présente que dans les eaux stagnantes oligomésotrophes des étangs à fonds sablonneux, dans des eaux froides et pauvres en matière organique. De fait, en France, l’Isoète à spores épineuses ne se retrouve plus que dans le Massif central (Auvergne, Aubrac et Limousin), les Pyrénées et les Vosges, dans les secteurs encore préservés de toute pollution. Ce constat n’a pas découragé des botanistes du Limousin qui l’ont retrouvée en Creuse et en Corrèze dans des ruisseaux aux eaux exceptionnellement pures. Cette découverte au sein d’eaux courantes oligotrophes et acides s’avère exceptionnelle tant par l’originalité du milieu colonisé que par l’abondance des populations.

Mais comme le monstre du Loch Ness, l’espèce est sensible aux perturbations humaines. Car, malgré s’être réfugiée dans des régions encore préservées du Massif central, cette plante est en forte régression : elle a disparu de nombreux lacs d’altitude d’Auvergne et de plusieurs étangs du Limousin en raison de la modification du régime hydraulique de certaines eaux, à la dégradation de la qualité de l’eau, du substrat et de la turbidité. C’est pourquoi, cette délicate plante aquatique est protégée au niveau national et fait l’objet d’une attention particulière du CBN Massif central.

Pour en savoir plus :

Fiche d'information
Fiche Chloris