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Membre du Conseil scientifique du CBN Massif central depuis sa création en 1998, René Delpech nous a quittés le 21 janvier 2012 à l’âge de 92 ans. Ingénieur agronome de l’INA (Institut national d’agronomie) de Paris (promotion 1939), docteur ès sciences et membre du Conseil international de la langue française, il a longtemps enseigné la botanique et l’écologie végétale à l’Institut national agronomique de Paris-Grignon, devenu depuis AgroParisTech. Esprit vif et critique, ardent défenseur de la phytosociologie et de ses applications à l’agronomie qu’il plaidait avec énergie et conviction au cœur d’uns sphère agronomique longtemps peu encline à l’écologie végétale et la phytosociologie prairiale…

Je me souviens de nos premiers échanges autour de la place de la phytosociologie en France sur le quai de la gare de Strasbourg à l’occasion du Colloque international de phytosociologie de 1982 sur les pelouses ; c’était l’époque où la phytosociologie française bannie de la recherche universitaire et agronomique entrait dans une sombre période, où ceux qui portaient encore haut et fort cette discipline osaient le faire dans un environnement institutionnel de plus en plus hostile et rétif. Passionné de pastoralisme et d’écologie végétale, il avait quelque peu ce côté « René Dumont » de l’écologie des prairies qui nous séduisait, à la fois dans la forme et sur le fond nourri d’approches transverses agronomiques, botaniques, écologiques et phytosociologiques. Il avait été, à la fin des années 80, à l’initiative et président du GEREP (Groupe d’études et de recherche sur l’écologie des prairies) qui se voulait à l’image de cette vision multidisciplinaire des milieux prairiaux. J’ai encore en mémoire les échanges et débats de ce groupe qui préfiguraient, en quelque sorte, les approches multifonctionnelles développées récemment sur les prairies du Massif central… Il était de ce petit noyau de phytosociologues qui, convaincus de l’avenir de la phytosociologie en France, ont mis de côté leurs divergences, sans perdre pour autant leurs convictions, pour publier en 2004 le Prodrome des végétations de France, dont on connaît à la fois le succès et l’impact sur le développement actuel de cette discipline.

De tous ces moments passés avec René autour de la botanique et de la phytosociologie prairiale, nous conservons un souvenir profond et la lumière brillante de cet Homme de sciences.

V. BOULLET (CBN Massif central)