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Découvertes botaniques

L’Érodium fausse- mauve [Erodium malacoides (L.) L'Hér.]


Découverte le 12 mars 2017 d’une belle population d’Erodium malacoides à Bournoncle-Saint-Pierre (Haute-Loire), sur les cailloutis bordant une rue du village, au pied d’un muret en pierre exposé au sud. La population dense sur environ quatre mètres de long est formée par des individus vigoureux, mesurant jusqu’à 80 cm de haut, en floraison et début de fructification à la date du passage. Une dizaine de pieds se sont également installés dans les fissures du mur en pierre. Erodium malacoides est une espèce méditerranéenne répandue dans les départements du pourtour méditerranéen, et qui remonte vers le nord pour le territoire d’agrément du CBNMC jusqu’au sud du département de l’Ardèche. L’espèce n’avait jamais été signalée en Auvergne. La vigueur de l’espèce sur la station laisse penser qu’il ne s’agit pas d’une installation récente. Son maintien est tributaire de l’absence de désherbage ou arrachage des "mauvaises herbes" de la rue. 


La Véronique cymbalaire [Veronica cymbalaria Bodard.]

La station de Bournoncle-Saint-Pierre abrite également une autre espèce nouvelle pour l’Auvergne, Veronica cymbalaria. Cette espèce méditerranéenne est présente sur les départements du pourtour méditerranéen jusqu’à la basse Ardèche, et peut sporadiquement se rencontrer plus au nord dans la vallée du Rhône, à la faveur de situations bien abritées. Deux pieds en fleurs ont été notés à la base du muret sur la station de Bournoncle-Saint-Pierre, avec Fumaria capreolata L., espèce de répartition méditerranéo-atlantique peu fréquente en Auvergne, soulignant le caractère thermophile de cette station. 


Jacques-Henri Leprince

Le Conservatoire botanique national du Massif central a publié en 2006 l’Atlas de la flore d’Auvergne, grâce à la mobilisation du réseau de botanistes correspondants du CBNMC et la transmission de nombreuses observations botaniques. Dix ans après, ces données botaniques nécessitent d’être actualisées malgré la poursuite des inventaires de terrain et l'intégration de nouvelles observations dans la base de données Chloris. Il est apparu essentiel de redynamiser les réseaux de botanistes locaux. Ainsi, plusieurs rencontres ont eu lieu en début d’automne 2016, afin de rencontrer les personnes motivées des différents départements auvergnats et de fédérer les bonnes volontés !

Dans l’Allier, un groupe s’est retrouvé le 27 août 2016 autour de Chantelle dans l'Espace naturel sensible des Gorges de la Bouble. Plusieurs espèces ont pu être observées le long de la Bouble : Ulmus laevis (Orme lisse) en comparaison avec Ulmus minor (Orme champêtre), quelques petites hépatiques corticoles (Bryophytes) telles que Metzgeria furcata et Frullania dilatata,ou encore une bryophyte aquatique, formant de longues draperies : Fontinalis antipyretica.

Dans le Cantal, une balade botanique a été proposée le 10 septembre 2016 sur le Rocher Laval (Neussargues-Moissac) à la recherche des espèces tardives encore repérables. Ainsi les botanistes ont pu observer Rhamnus alpina (Nerprun des Alpes) et Gasparrinia peucedanoides (Séséli faux-peucédan).

En Haute-Loire, un groupe s’est rassemblé le 3 septembre 2016 sur le massif du Mézenc, au pied du Mont d’Alambre, autour d’une petite zone humide où ont été observés Comarum palustre (Comaret), Menyanthes trifoliata (Ményanthe), Epikeros pyrenaeus (Sélin des Pyrénées) ou encore les Carex nigra, Carex echinata et Carex panicea. Egalement 4 espèces de sphaignes différentes ont été déterminées : Sphagnum teres, S. capillifolium, S. papillosum et S. subsecundum. Le groupe a pu découvrir l’exceptionnel Lycopodium annotinum (Lycopode à feuilles de genévrier), beaucoup plus rare que Lycopodium clavatum (Lycopode en massue) rencontré sur le bord de la piste. Lycopodium annotinum, strictement sciaphile, n’est connu que de deux stations sur le massif du Mézenc.

Le bordereau "Inventaire de la flore vasculaire d’Auvergne", qui liste de manière synthétique tous les taxons auvergnats, a été testé ensemble sur le terrain à titre démonstratif. Ce bordereau (version provisoire) est téléchargeable sur le site du CBNMC

La transmission des données a été précisée : la saisie de données peut maintenant se faire directement sur le site internet (onglet « Participez ! », rubrique « saisie en ligne »). Cette interface de saisie est prévue pour des données ponctuelles. Pour un ensemble de données plus important, il reste préférable de nous envoyer directement vos données sous la forme de votre choix (photocopies de carnets de terrain, bordereaux complétés, fichiers excel…) par courrier postal ou par mail. N’oubliez pas les informations indispensables telles que : la date, le nom de l’observateur, le lieu et le pointage GPS (si possible), avec la liste des taxons.

Toutes les données floristiques sont intéressantes, qu’elles concernent des espèces communes ou rares.

D’autres sorties seront prévues en 2017 afin de découvrir, de se former et d’échanger. Si vous voulez faire partie de ce réseau d’observateur, n’hésitez pas à vous inscrire via ce formulaire.

En 2016, le CBN a apporté une contribution technique à la DREAL Auvergne, dans le cadre d'une enquête participative au niveau régional pour améliorer les connaissances sur des espèces de lichens forestiers. Les espèces sélectionnées constituaient de bons indicateurs pouvant renseigner sur l'effet du changement climatique, l'ancienneté de la forêt ou la qualité de l'air. Le 20 octobre 2016, le CBN Massif central poursuit l'amélioration de ses connaissances lichénologiques en débutant le pré-inventaire des macrolichens corticoles dans le bassin du Puy-en -Velay.

Un lichen est une symbiose entre un champignon et une algue et peut prendre des formes très variées et plus extravagantes les unes que les autres. Les macrolichens représentent les plus gros et les plus visibles d'entre-eux ; ils sont dits corticoles quand ceux-ci poussent sur les écorces. Ce groupe qui semble être bien représenté dans le Massif Central n'y a que peu fait l'objet d'études ou d'inventaires au niveau régional.

Loupes en main, les quatre botanistes : Philippe Antonetti, Jacques-Henri Leprince, Marine Pouvreau et Arnaud Descheemacker ainsi que leur stagiaire sont allés inventorier la première des 70 mailles de 1x1 km retenues pour cette étude. Pour préparer cet inventaire, Danièle et Olivier Gonnet ainsi que Chantal VanHaluwyn, tous trois membres de l'Association Francaise de Lichénologie (AFL) sont venus former les botanistes à "l'art des lichens" à l'automne 2015 et au printemps 2016 et durant l'hiver 2017.

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Cette espèce annuelle toxique, originaire du Mexique et de Californie, se rencontre habituellement sur le pourtour méditerranéen, de Nice à Perpignan. Parfois cultivée, cette Solanacée se naturalise occasionnellement.
Elle a été découverte le 09 septembre 2015 par Nicolas Guillerme (CBN Massif central) et Jean-François Christians dans une friche eutrophile alluviale du fleuve Rhône sur la commune de Vaux-en-Velin (69) à la confluence du delta de Neyron. Elle est facilement identifiable à sa grande corolle blanche et à sa tige tomenteuse mais non glanduleuse.
Cette espèce vivace, originaire d’Australie et de Nouvelle-Zélande, est actuellement présente dans le nord-ouest et le nord de la France. Connue dans trois départements de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la Loire (2006), l’Ain (2010) et le Puy-de-Dôme (2015), elle a également été découverte le 09 septembre 2015 par Nicolas Guillerme (CBN Massif central) et Jean-François Christians sur la commune de Meyzieu (69) au sein d’une grève fraîchement exondée. La crassule est en forte expansion en France.

Dans le cadre d'inventaires ponctuels réalisés en 2015, une nouvelle espèce d’Amblystegiacée pour la Science a été décrite des sommets subalpins du Sancy et des Monts du Cantal. L'information est restée longtemps discrète jusqu'à la parution officielle de la description de cette petite mousse dans le Journal of Bryology (2015, vol. 37, n°3) édité par la British Bryological Society.

Les analyses moléculaires ont montré qu’il s’agit également d’un genre nouveau. Ce nouveau taxon a été nommé Arvernella microclada qui signifie "Petite Arverne à petites feuilles" ; il s’agit de la plus petite espèce de pleurocarpe d’Europe. Elle présente une combinaison de caractères morphologiques très originaux et montre une spécialisation écologique très forte. En effet, elle semble ne se développer que sur de petit blocs de lave sur éboulis froids, instables et escarpés dans les communautés à hautes herbes subalpines boisées de Hêtres.

Cette découverte importante souligne la complexité de la flore du territoire d’agrément et l’importance des travaux taxonomiques de fond.

Dans notre précédent numéro, nous vous avions indiqué la découverte de plusieurs espèces exceptionnelles aux portes même du Conservatoire botanique. D'autres lichens particulièrement rares ont été déterminés par Danièle et Olivier Gonet à l'occasion d'une journée de formation des botanistes du CBN, en formation début mars 2016 : Absconditella delutula (Nyl.) Coppins et H. Kilias, très rare et d'intérêt international, et une dizaine d'espèces nouvelles ou confirmées pour la Haute-Loire :

Absconditella delutula (Nyl.) Coppins et H. Kilias, très rare et d'intérêt international
Arthopyrenia analepta (Ach.) A. Massal., commun, non menacé, nouveau pour la Haute-Loire
Aspicilia contorta (Hoffm.) Kremp. subsp. contorta, assez peu commun, non menacé
Caloplaca velana (A. Massal.) Du Rietz., commun, non menacé, nouveau pour la Haute-Loire
Catillaria nigroclavata (Nyl.) Schuler., peu commun, non menacé, nouveau pour la Haute-Loire
Lecania erysibe (Ach.) Mudd, assez rare, potentiellement menacé, nouveau pour la Haute-Loire
Lecania turicensis (Hepp) Müll. Arg., commun, non menacé, nouveau pour la Haute-Loire
Lecanora symmicta (Ach.) Ach., commun, non menacé
Micarea denigrata (Fr.) Hedl., assez commun, non menacé, confirmé pour la Haute-Loire Micarea prasina Fr. s.l., assez commun, non menacé, nouveau pour la Haute-Loire
Scytinium schraderi (Bernh.) Otálora, P. M. Jørg. et Wedin, assez peu rare, non menacé, nouveau pour la Haute-Loire
Verrucaria muralis Ach., commun, non menacé, nouveau pour la Haute-Loire
Verrucaria nigrescens Pers. var. nigrescens f. nigrescens., très commun, non menacé, confirmé pour la Haute-Loire
Xylographa parallela (Ach. : Fr.) Fr. var. parallela., assez commun, non menacé, nouveau pour la Haute-Loire

Les plus belles populations d’Hamatocaulis vernicosus (l’hypne brillante) du Limousin ont été découvertes au cours de l’été 2015 dans le cadre de prospections sur les bryophytes protégées du Limousin (programme financé par la DREAL Limousin). C’est sur des zones humides à l’Est de Pontarion, sur la commune de Thauron (Creuse) qui surplombent les gorges du Thaurion que cette espèce, protégée au niveau nationale, a été observée. Localisée surtout au niveau de zones de sources dans des contextes de prairies plus ou moins tourbeuses, cette mousse est accompagnée d’une autre rareté pour la région (protégée en Limousin), l’Orpin velu (Sedum villosum) dont les localités découvertes constituent aujourd’hui les seules observations récentes pour cette plante. D’autres bryophytes rares en France comme Meesia triquetra ont été signalés anciennement par Sarrassat en 1926 dans ce secteur. Ces bryophytes sont liées aux systèmes oligo-minérotrophes neutro-basophiles c'est-à-dire des écosystèmes tourbeux alimentés par des eaux riches en minéraux mais pauvre en éléments nutritifs, avec des pH proche de la neutralité. Ce type d’habitat relativement méconnu et très rare dans le contexte régional fortement cristallin du Limousin pourrait encore probablement livrer quelques nouveautés. Il parait aujourd’hui primordial de mieux prendre en compte ce type original de zone humides menacé : en effet, une grande majorité de ces systèmes ont déjà subis de graves perturbations (drainage, eutrophisation,…) causant la disparition du cortège d’espèces associées ; il devient donc urgent d’agir en faveur de cet habitat et de son patrimoine végétal.
Jaoua Celle

Oxystegus est un petit genre de mousses qui était généralement inclus dans Trichostomum jusqu’à présent. Les études moléculaires ont prouvé qu’il devait être distingué de ce dernier. Une seule espèce est connue dans le Massif central, Oxystegus tenuirostris. Elle est difficile à détecter sur le terrain car elle est de petite taille et ressemble plus à un Tortella chétif qu’à une espèce à part entière. Elle colonise les rochers acides, parfois riches en bases, dans des vallons encaissés, sur les pentes, dans des ambiances assez confinées et humides, mais ne colonise généralement pas les blocs proches de l’eau, dans le lit mineur des ruisseaux. Récemment, des prospections dans le sud du Cantal ont mis au jour l’existence de populations d’un Oxystegus poussant sur des rochers suintants, ou à proximité de cascades générant une humidité inhabituelle pour les stations classiques d’un O. tenuirostris. Une étude morphologique détaillée a permis de montrer que ces plantes sont attribuables à Oxystegus tenuirostris var holtii, une variété plus hygrophile que le type. Les critères morphologiques permettant d’individualiser ce remarquable taxon sont ténus, soumis à variation, mais restent clairement exprimés dans les populations cantaliennes. Ils ont trait à la fragilité des feuilles, la forme de l’apex, la couleur et l’aréolation. Il s’agit d’un taxon qui a été nommé erronément Oxystegus hibernicus dans l’est de la France. Ces nouvelles données permettent de préciser la chorologie et l’écologie d’une variété négligée jusqu’à aujourd’hui et montrent l’intérêt et la difficulté des prospections de terrain. De nombreux autres taxons de bryophytes attendent de recevoir un nom satisfaisant, ce qui ne peut être réalisé que par des études taxonomiques poussées. D’autres taxons du genre Oxystegus pourraient exister dans le Massif central, comme O. daldinianus. Il sera recherché activement au cours de l’année 2016.
Vincent Hugonnot

Du 17 au 20 novembre dernier, l’équipe du CBNMC a bénéficié d’un stage d’initiation à la détermination des lichens organisé par quatre membres de l’Association française de lichénologie (AFL), Chantal Van Haluwyn, Olivier et Danièle Gonnet et Jean-Pierre Méral. Il s’agissait de recueillir l’expérience de lichénologues aguerris afin de développer nos connaissances sur les lichens et d’acquérir les méthodes de travail particulières de cette discipline exigeante. La détermination des lichens passe en effet obligatoirement par des observations microscopiques ainsi que par l’utilisation de réactifs chimiques : la détermination in situ est donc bien souvent aléatoire voire impossible. C’est donc un domaine nouveau, possédant aux enjeux considérables, que le CBNMC se propose d’explorer aujourd’hui : les lichens sont connus par exemple pour être de robustes bioindicateurs (climat, qualité de l’air). C’est aussi un pan considérable de biodiversité qui demeure, pour l’instant, peu étudié : une courte visite de terrain non loin du conservatoire a ainsi permis par exemple de découvrir Heterodermia subneglecta Elix (détermination Chantal Van Haluwyn) lichen foliacé corticole nouveau pour la Haute-Loire ! Non loin du bâtiment du Conservatoire botanique, deux espèces patrimoniales ont été collectées (détermination Chantal Van Haluwyn, Olivier et Danièle Gonnet) au cours de cette formation :

  • Acarospora similis a été observé sur la barrière en bois de l’entrée du CBNMC . Il s'agit de la 3e station française de l’espèce, considérée comme très rare, d’intérêt patrimonial international, et en danger critique d’extinction ;
  • Candelaria pacifica, observé à la base d’un chêne près du verger, n’était connu jusqu’à présent que dans les Ardennes.


Ces découvertes montrent que même des milieux très banaux ne doivent pas être négligés dans la recherche de lichens.

Zoom sur des lichens exceptionnels aux portes du CBN

De récentes prospections dans des villes d’Auvergne ont mis en lumière un riche cortège bryologique lié aux vieux murs des édifices religieux, comme les églises, les chapelles et les cimetières. Les bryophytes affectionnent particulièrement le mortier à la chaux dégradé en surface. Trois espèces remarquables ont été observées : Grimmia crinita, Grimmia anodon et G. plagiopodia. Grimmia crinita est une espèce thermophile surtout présente sur les murs exposés au sud, dans la Limagne par exemple. Grimmia anodon est en quelque sorte le vicariant altitudinal de G. crinita. Il se développe sur des murs plus frais, souvent exposés au nord, dans des villes d’altitude, comme Besse-en-Chandesse. Il est inconnu dans des stations naturelles en Auvergne. Sur l’église de Besse, ont trouve en outre, comme à Massiac, le rarissime Grimmia plagiopodia (listé au livre rouge européen). Ces trois espèces, inféodées aux vieux mortiers, présentent également une étroite parenté taxonomique, renforçant l’originalité de ce cortège urbain.