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Lorsque le CBN et ses partenaires ne disposent pas de connaissances suffisantes pour assurer la conservation d’une espèce ou d’une végétation, ou que la rareté de cette dernière et les menaces qui pèsent sur elle s’avèrent problématiques, le CBN Massif central apporte toute son expertise aux gestionnaires pour mettre en œuvre des actions de recherche complémentaire afin de proposer les actions de sauvegarde les plus adéquates.

Au delà des prospections complémentaires qui permettent vérifier la rareté d’une espèce ou rechercher des populations viables afin de conforter les mesures de gestion conservatoire déjà engagées ; le CBN Massif central s’appuie également sur l’expérience et les connaissances du réseau des CBN en France. Il met en place des protocoles d’étude pour permettre de répondre aux questions les plus complexes. Le développement des outils biométriques, de suivis de population et la généralisation des études génétiques permettent, à cet égard, une véritable économie par la vérification de la pertinence des moyens mis en œuvre dans chaque politique conservatoire...

Un exemple d’amélioration des connaissances à des fins conservatoires : le genre Lindernia All. sur le département de la Loire

Actuellement en France métropolitaine, on fait état de la présence de deux espèces du genre Lindernia : L. palustris Hartmann, eurasiatique indigène sur notre territoire, et L. dubia (L.) Pennell, nord-américaine. Certains botanistes distinguent de plus deux sous-espèces au sein de L. dubia : la sous-espèce dubia et la sous-espèce major (Pursh) Pennell.

Ces annuelles ont une écologie identique : elles sont inféodées aux gazons amphibies des sables et vases exondés en période estivale, sur les berges de certaines rivières ou étendues d’eau stagnantes. Si L. palustris est protégé aux échelons européen et national, L. dubia est en revanche classé parmi les exotiques envahissantes avérées en France ; en effet, elle exerce une concurrence très sévère sur la Lindernie autochtone, mais aussi sur de nombreuses autres plantes rares des grèves à émersion estivale.

Suite à un état des lieux réalisé en 2008 des populations de L. palustris connues dans le département de la Loire, et avant d’envisager la mise en œuvre de mesures de préservation de l’espèce, le CBN Massif central, avec le soutien financier du Département et de la Région, a mené en 2009 et 2010 une étude visant à approfondir les connaissances sur le genre Lindernia. Ainsi, une synthèse des informations disponibles sur ce genre a été réalisée après recherches bibliographiques et échanges avec d’autres organismes spécialistes de la flore sauvage. Les aspects nomenclaturaux ont été abordés, les critères permettant la détermination des trois espèces et sous-espèces supposées ont été récapitulés, leur biologie et leur écologie précisées. La répartition de ces lindernies aux niveaux mondial, national et départemental a été décrite, et nous nous sommes attachés à détailler l’évolution spatiale et temporelle de L. palustris et L. dubia en France. Enfin, les menaces pesant sur l’espèce indigène ont été identifiées.

Sachant que les trois taxons du genre Lindernia cités en France ne sont pas toujours faciles à distinguer, que des phénomènes d’hybridation sont possibles, et surtout que la réalité d’une subdivision de L. dubia en deux sous-espèces est sujette à controverse, le CBN Massif central a choisi de réaliser diverses mesures biométriques et observations sur des plantes fraîches et sèches d’origines géographiques variées, dans l’espoir d’un peu plus de clarté, complétées par des analyses génétiques. Le CBN Massif central a également testé, en conditions contrôlées, la capacité germinative des lindernies, en travaillant sur des graines récoltées à cet effet.

Ainsi, les principaux foyers français de L. palustris étaient déjà connus dès le milieu du XIXe siècle ; la plante y était rare. L’espèce nord-américaine, elle, aurait été introduite accidentellement vers 1850 par les navires de commerce sans doute au niveau du port de Nantes. Jugée commune en Loire-Atlantique dès la première moitié du XXe siècle, elle aurait essaimé à partir de ce foyer en remontant le fleuve Loire et certains de ses affluents. Sa progression est fulgurante au cours de la seconde moitié du XXe siècle et au début du XXIe : elle a gagné la quasi-totalité des bassins de la Loire, du Cher, de l’Allier, mais aussi des secteurs du sud-ouest du pays, du bassin méditerranéen et certains départements alpins et jurassiens. La forte régression de L. palustris est constatée en parallèle, en particulier dans l’ouest de la France.

Sur le terrain dans la Loire, les deux espèces poussent en mélange, ce qui est en théorie fort propice à l’hybridation ; ce phénomène pourrait expliquer le déclin progressif de L. palustris, dont les rares individus seraient introgressés par des gènes de L. dubia. Mais les analyses génétiques réalisées n’ont pas pu mettre en évidence d’hybridation interspécifique dans la nature, bien qu’on sache l’hybridation artificielle possible. Le net avantage sélectif de L. dubia sur L. palustris peut donc être attribué à une croissance plus rapide, à la production d’un plus grand nombre de graines viables ou encore à une meilleure résistance aux maladies et ravageurs européens.

Concernant la pertinence d’une division infrataxonomique de L. dubia, il faut savoir que les deux sous-espèces présumées présentes en France s’hybrident facilement en conditions artificielles. À partir d’échantillons prélevés dans la nature, le CBN Massif central a pu mettre en évidence trois groupes génomiques, dont l’un pourrait être issu d’hybridation entre les deux sous-espèces génétiques. Mais l’analyse génétique montre que les groupes génomiques observés ne correspondent pas aux groupes morphologiques associés aux deux sous-espèces. De plus, l’importance de l’hybridation entre ces deux taxons en France doit entraîner une continuité génétique. Il semble donc plus approprié d’utiliser la nomenclature internationale retenue, en ne différenciant pas la sous-espèce major de la sous-espèce dubia.